Funérailles

Les Funérailles

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Conférence de Monseigneur Batut à Lourdes en 2009 sur la mort et après la mort.

Voici le texte intégral de la conférence prononcée par Mgr Jean-Pierre Batut à Lourdes début juin 2009, sur la foi chrétienne au sujet des fins dernières selon le Catéchisme de l’Église catholique.

Souvent nous pensons que notre « oui » est derrière nous : par exemple, qu’il a déjà eu lieu lorsque nous avons engagé notre vie dans le mariage, la vie religieuse, etc.
En réalité, notre « oui » est toujours devant nous, car nous avons à acquiescer jusqu’à la fin à ce que nous avons choisi. Et le « oui » le plus difficile est celui qui conclut notre vie.

Je souhaite vous parler de ce qu’on appelle parfois les fins dernières, c’est-à-dire la rencontre de Dieu qui est la finalité de notre vie.
Pourquoi ? Parce que nous n’en parlons pas assez ! Nous affirmons, bien sûr, le fait : « j’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ; il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts »… Mais nous ne parlons pas assez du comment.
Or, il faut en parler : si nous ne le faisons pas, nous favorisons toutes sortes de croyances de remplacement, comme la réincarnation, qui viennent combler un vide, mais qui n’ont rien à voir avec la foi chrétienne.
De plus, les fins dernières sont un des domaines dans lesquels, en tant que chrétiens, nous avons les choses les plus originales à dire. Nous avons à dire des choses dans quantité d’autres domaines : l’Europe, la crise économique… Mais dans ces domaines d’autres peuvent dire les mêmes choses que nous, et même mieux les dire. Sur les fins dernières, si nous nous taisons, personne ne pourra dire à notre place ce que nous avons à dire.

1. L’enseignement de l’Église porte en premier lieu sur la résurrection.

L’Écriture seule est avare de détails sur ce qui nous attend après la mort.
Le théologien orthodoxe Jean-Claude Larchet écrit :

« L’Écriture souligne le caractère imprévisible de la mort (« vous ne connaissez ni le jour ni l’heure », Mt 25, 13). Elle nous donne des indications sur son origine (Rm 5, 12). Elle nous annonce la résurrection future des corps et la vie éternelle du Royaume à venir, mais elle ne nous donne pratiquement pas de renseignements sur la période qui sépare la mort de chaque personne du jugement dernier et universel et de la résurrection à la fin des temps. »

Lazare, en effet, ne nous a pas laissé ses mémoires pour nous dire ce dont il avait fait l’expérience au moment de sa mort et pendant ses trois jours au tombeau. Pourtant, la tradition de l’Église a explicité le donné de l’Écriture. Le Catéchisme de l’Église catholique (CEC) recueille cet héritage.

- Le CEC commence par affirmer la foi en la résurrection, et cite saint Paul : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vide est notre prédication, vide aussi votre foi » (1 Co 15, 12-14). Il souligne ensuite que Jésus a lié la foi en la résurrection à sa propre personne (« je suis la Résurrection et la Vie », Jn 11, 25), si bien qu’être témoin du Christ revient à être témoin de sa résurrection (cf. Ac 1, 22).
- Le CEC se prononce ensuite sur le comment de la résurrection. Il le fait en partant de la résurrection du Christ, et il affirme deux choses essentielles :
Le Christ est ressuscité avec son propre corps (Lc 24, 39)
Sa résurrection n’est pas le simple retour à une vie terrestre : il a désormais un « corps de gloire » (Ph 3, 21), un « corps spirituel » (1 Co15, 44).

Ce qui vaut pour le Christ vaut également pour nous. Nous sommes sûrs qu’à la résurrection nous ressusciterons dans notre corps et non dans le corps d’un autre : chacun pourra reconnaître les autres et être reconnu d’eux, comme nous nous reconnaissons dans cette vie. En même temps, nous vivrons avec un corps glorieux, soustrait aux lois de l’espace et du temps et aux lois de la corruption.

- Enfin, dans la foi chrétienne, il ne saurait être question d’autre chose que de la résurrection de mon corps. Dans l’intervalle entre la mort et la résurrection, je n’irai pas habiter d’autres corps :
Quand a pris fin le cours unique de notre vie terrestre, nous ne reviendrons plus à d’autres vies terrestres : les hommes ne meurent qu’une fois (He 9, 27). Il n’y a pas de « réincarnation » après la mort.
(CEC 1013)

2. La définition de la mort et la question de l’âme

- La médecine a des choses à dire au sujet de la mort : elle la constate, avec l’arrêt des fonctions vitales, l’électroencéphalogramme plat, etc.
La philosophie a tenté de définir la mort selon d’autres critères, et la théologie n’a pas craint de les reprendre. C’est ainsi que la théologie, reprenant une formule qui remonte à Platon, définit la mort comme « la séparation de l’âme et du corps » (CEC 1005 ; 1016). Cette définition fait partie de la Tradition de l’Église.
On a bien essayé d’autres définitions, mais l’idée de « séparation de l’âme et du corps » demeure la plus satisfaisante :
parce qu’elle rend compte du fait que la mort affecte le corps : celui-ci n’est plus qu’un cadavre.
parce qu’elle affirme en même temps que dans la mort, quelque chose subsiste de la personne. Celle-ci n’est pas totalement anéantie. C’est très important, parce que cela signifie que la résurrection finale ne sera pas une nouvelle création à partir de rien (ce qui serait le cas si, le corps ayant disparu, il ne subsistait rien d’autre), mais la réunion de ce qui avait été séparé : de l’âme immortelle avec un corps recréé certes, mais qui est bien le corps de cette âme, et non pas d’une autre.

Par conséquent, au dernier jour je retrouverai mon corps. Mais qu’est-ce que ce « je » ? Pas le corps, puisqu’il aura disparu dans l’intervalle. Et si c’est autre chose que le corps, pourquoi ne pas l’appeler l’âme ?

- Ces dernières décennies, on a constaté une allergie au mot « âme », auquel on reprochait d’être trop philosophique. Mais on trouve dans l’Écriture des équivalents de ce mot. D’autre part, si l’on supprime l’âme, soit on est conduit à affirmer comme ci-dessus que Dieu recréera un jour un être nouveau sans rapport avec mon être présent, soit on est contraint de dire que le moment de la mort est déjà celui de la résurrection, ce contre quoi l’apôtre Paul mettait déjà en garde :
Hyménée et Phylète… se sont écartés loin de la vérité, en prétendant que la résurrection a déjà eu lieu, renversant ainsi la foi de plusieurs. (2 Tm 2, 18)

Mais cela pose la question de savoir ce qui se passe pour l’âme aussi longtemps qu’elle est sans son corps – ce que l’on appelle classiquement « l’âme séparée ».

3. La mort et le jugement « particulier »

La mort est le moment de la rencontre, et cette rencontre est unjugement.
Il faut entendre par là, non notre comparution devant un tribunal, mais l’expérience de voir notre vie tout entière dans sa vérité lorsque nous verrons le Christ.
Un passage de l’évangile de Matthieu est particulièrement clair sur ce point. Il s’agit de la prophétie dite du « jugement dernier », au chapitre 25, dans laquelle tout être humain, en rencontrant le Christ, prend conscience par le fait même que tous les actes de sa vie trouvent leur sens en référence au Christ : « j’avais faim et vous m’avez donné à manger, etc. »

Avant le jugement « dernier », cette même expérience est faite par chacun au moment de sa mort. C’est un jugement dans lequel la dimension corporelle n’intervient donc pas, et que l’on appelle le jugement particulier (« particulier » signifie « individuel ») :

Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ
- soit à travers une purification ;
- soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du Ciel ;
- soit pour se damner éternellement pour toujours.

(CEC 1022)

Nous avons un exemple de ce jugement dans l’évangile : il s’agit du « bon larron » à qui Jésus dit : « aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Lc 22, 43). Le « paradis » signifie deux choses : 1/ la béatitude avec le Christ ; 2/ non pas déjà la résurrection, mais l’attente de la résurrection.
Tout cela signifie qu’il n’y a pas et qu’il ne peut y avoir de « sommeil de la mort », si l’on entend par là un état d’inconscience entre la mort et la fin du monde. Comme le dit l’apôtre Paul, les mort vivent dans le Christ.

4. Purgatoire, ciel et enfer

- Le purgatoire.
L’Église, en particulier au concile de Lyon II (1274) a engagé son infaillibilité sur la question du purgatoire.
Même si le mot « purgatoire » ne date que du 12e siècle, l’affirmation d’une purification après la mort est déjà présente dans le judaïsme. Elle s’exprime indirectement à travers la prière pour les défunts, telle qu’on la trouve en 2 M 12, 44-45 (et dans le Nouveau Testament : 1 Co 15, 29 et2 Tm 1, 18) : si cette prière a un sens, c’est justement parce que les défunts sont dans un processus (et non dans un « lieu », car le purgatoire n’est pas un lieu) de purification.
De la même façon qu’elle rend compte du jugement, la rencontre du Christ explique cette purification : en effet, cette rencontre dans la pleine lumière me fera percevoir en pleine vérité le décalage entre l’amour du Christ et l’indigence de l’amour qui a été présent dans ma vie. La perception d’un tel décalage est une source de souffrance, mais il s’agit d’une souffrance qui naît du désir de répondre pleinement à l’amour dont je suis aimé.
Dans le Credo, l’affirmation « il est descendu aux Enfers » correspond à celle du purgatoire : entre la mort du Christ et sa résurrection, la descente aux Enfers (c’est-à-dire au séjour des morts, et non pas « en Enfer ») exprime l’acte par lequel le Christ, dans le mystère de sa mort, rejoint tout être humain dans la sienne (qu’il ait connu le Christ ou non) pour lui proposer le salut.

Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit-Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au Mystère pascal [du Christ].
(Vatican II, Constitution Gaudium et Spes, 22)

La prédication sur le purgatoire est aujourd’hui plus urgente que jamais : la croyance en la réincarnation, qui vient jouer dans l’esprit de beaucoup le rôle d’une « seconde chance » donnée à quelqu’un (alors que dans les spiritualités orientales dont elle est issue, elle est plutôt une fatalité), a en effet pris la place du purgatoire beaucoup plus que celle de la résurrection proprement dite.

- Le Ciel.
Citons encore le Catéchisme :
Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu et qui sont pleinement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu parce qu’ils le voient tel qu’il est (cf. 1 Jn 3, 2), « face à face » (1 Co13, 12 ; Ap 22, 4)… Cette vie parfaite avec la Trinité est appelée le Ciel.
(CEC 1023-1024)

Le Ciel n’est pas plus représentable que le purgatoire : plus qu’un lieu, le Ciel est une Personne, dont le contact rend bienheureux et immortel.

Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, festin de noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis : « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Co 2, 9).
(CEC 1027)

- L’enfer.
Jésus parle dans l’Évangile de « la Géhenne », du « feu qui ne s’éteint pas » (Mt 5, 22 ; 29 ; 13, 42-50). Et dans la prophétie du Jugement dernier, nous trouvons cette parole terrible : « allez-vous en loin de moi, maudits, au feu éternel préparé pour le démon et ses anges » (Mt25, 41).
Le fait que le Christ lui-même prenne la peine de nous parler de l’enfer comme d’un risque réel pour nous, doit nous donner à réfléchir. Ses affirmations nous révèlent l’abîme de notre propre liberté, qui, parce qu’elle est capable du meilleur, est aussi capable de dire à Dieu un « non » irréversible. Il n’y a pas de commune mesure entre le Ciel et l’enfer, car nous sommes faits pour le premier et non pour le second ; mais il y a une capacité de refus déjà réalisée dans « le démon et ses anges », et dont l’amour de Dieu lui-même ne peut que prendre acte. À l’opposé de la communion pour laquelle nous sommes faits, l’enfer est la solitude absolue, l’abîme insondable d’une séparation éternelle d’avec Dieu et d’avec les autres.
Il faut souligner que l’Église, alors qu’elle a proclamé « bienheureux » ou « saints » tant de personnes, n’a jamais voulu dire de quiconque qu’il était damné. L’Église, en effet, se doit d’espérer pour tous :

L’Église prie pour que personne ne se perde… S’il est vrai que personne ne peut se sauver lui-même, il est vrai aussi que « Dieu veut que tous soient sauvés » (1 Tm 2, 4) et que pour Lui « tout est possible » (Mt 19, 26).
(CEC 1058)

5. La fin des temps et le jugement dernier

- La différence entre le jugement particulier et le jugement dernier réside dans le fait que le jugement dernier coïncide avec la fin des temps. Il représente la dimension universelle du jugement.
Le jugement dernier sera lui-même précédé par la venue du Christ dans la gloire et par la résurrection (cf. Jn 5, 28-29). Tout le sens de l’histoire sera alors révélé.

Le jugement dernier interviendra lors du retour glorieux du Christ. Le Père seul en connaît le jour, lui seul décide de son avènement. Par son Fils Jésus-Christ, il prononce alors sa parole définitive sur l’histoire.
Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels sa Providence aura conduit toute chose vers sa Fin ultime.

(CEC 1040)

- Ce qui adviendra alors, c’est ce que l’Écriture appelle « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (Ap 21, 1). Dans les images que nous fournit l’Apocalypse, il est frappant de voir la dimension communautaire de ce qui est annoncé, ainsi que l’insistance sur la victoire de la Vie (Ap21, 2).

De tous ces points, nous pouvons retenir :
- que notre vie entière est, en un sens, une préparation à la mort.
- qu’en même temps on ne saurait en sous-estimer l’importance et la valeur, puisque tout ce que nous vivons dans notre vie sur la terre engage l’éternité.
- qu’il ne serait pas chrétien de voir dans la mort le mal absolu : chrétiennement entendue, la mort est le moment où Dieu appelle l’homme vers Lui. Elle est « notre sœur la mort corporelle » (saint François d’Assise).
- qu’il est légitime, et non morbide, de désirer dès ici-bas comme saint Paul « être avec le Christ » (Ph 1, 23), ou encore de vouloir « voir Dieu », selon l’expression de sainte Thérèse d’Avila. Il serait même plutôt alarmant que nous n’y pensions jamais et que cela nous soit indifférent.

« La vie chrétienne est tout entière une attente. Le chrétien sait qu’il est fait pour de plus grandes choses… La vie chrétienne est une vie cachée. Mais, quand le monde sera plié comme une tente, la réalité cachée jusque-là sera manifestée.
Cette vie consiste pour le chrétien à se donner peu à peu des mœurs divines. Et l’éducation qui se poursuit jusqu’à l’heure de la mort, car toute la vie humaine n’est qu’une adolescence, consiste, selon le mot de Jean Guitton, « dans cette discipline par laquelle on prépare l’enfant à sa vie temporelle, l’adulte à sa vie éternelle, afin que ce qu’il voit, il ait l’impression de l’avoir déjà vu. » Il ne faut pas que nous soyons dépaysés en arrivant au ciel. Notre vie est un apprentissage. Il s’agit d’apprendre les rudiments de ce que nous aurons à exercer un jour. Ainsi essayons-nous déjà dans la prière de balbutier ce qui sera plus tard la « conversation céleste » avec Dieu et avec ses anges ; ainsi faut-il dégrossir notre intelligence si collée au monde de l’espace et du temps et la naturaliser peu à peu aux choses divines par l’action des dons du Saint-Esprit ; ainsi la charité est-elle le début maladroit de cette entière communion qui rassemblera tous les saints. Ce faisant nous commençons de faire ce que nous aurons à faire toujours. C’est notre vraie vie qui s’ébauche. Tout commence. »

Cardinal Jean DANIELOU (1905-1974)