Compte-rendu des conférences de carême

Compte-rendus des trois conférences-débats proposés pendant la période de carême :

  • Samedi 23 mars – « Heureux les doux, ils auront la terre en partage » : implications pour une conversion écologique
  • Samedi 06 avril – Écologie et conversion : à la lumière du sacrement de la réconciliation
  • Samedi 13 avril – Écologie et Eucharistie : pour le salut de tous et pour la gloire de Dieu
  • Intervenante : Sœur Aimée Manzan (congrégation Notre Dame de la Paix en Côte d’Ivoire), doctorante en écologie à l’Université Catholique de Lyon.

Première conférence de Carême (samedi 23 mars) : Heureux les doux, ils recevront la terre en partage

Sœur Aimée nous parle de conversion écologique.
A partir d’extraits des encycliques des papes Jean-Paul II et François, à partir de ses propres réflexions, elle nous a indiqué les dangers de notre société tournée vers la productivité, la rentabilité, le « tout tout de suite » et nous a ouvert des chemins pour changer nos comportements individuellement, pour tenir notre rôle d’hommes et de femmes, créés à l’image de Dieu, et tenus de veiller au respect de toute vie humaine, animale, végétale…

Quelques extraits pour nourrir votre réflexion si vous n’étiez pas là et réveiller la mémoire des présents :
D’où vient la violence de l’homme ?
Tout part du cœur de l’homme, le bon comme le mauvais (citation tirée du 1er chapitre de l’encyclique du pape François Laudato Si’)
Il nous faut pratiquer une écologie spirituelle intérieure.
Du pape Jean-Paul II : si l’homme n’est pas en paix avec Dieu, la terre elle-même n’est pas en paix. (message à l’occasion de la Journée Mondiale de la Paix, Paix avec Dieu, Paix avec la création, 1er janvier 1990)
Le péché contre la nature est de deux sortes : social et personnel.
Les péchés écologiques sont liés à plusieurs facteurs :
– L’orgueil,
– L’égoïsme,
– L’indifférence. Il semble que l’indifférence est le péché qui nous guette le plus. LS 14 : « beaucoup d’efforts pour chercher des solutions concrètes à la crise environnementale échouent souvent, non seulement à cause de l’opposition des puissants, mais aussi par manque d’intérêt de la part des autres. Les attitudes qui obstruent les chemins de solutions, même parmi les croyants, vont de la négation du problème jusqu’à l’indifférence, la résignation facile, ou la confiance aveugle dans les solutions techniques. Il nous faut une nouvelle solidarité universelle. Comme l’ont affirmé les Évêques d’Afrique du Sud, « les talents et l’implication de tous sont nécessaires pour réparer les dommages causés par les abus humains à l’encontre de la création de Dieu ». Tous, nous pouvons collaborer comme instruments de Dieu pour la sauvegarde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités. »
Si nous sommes tous frères et sœurs, comment être indifférents à la souffrance de certains ?
Nous avons besoin les uns des autres, nous avons besoin de la conversion.

Mais tout dans la crise écologique ne peut être réduit au péché. L’ignorance est à bien des égard un mal, mais pas un péché. Il est donc nécessaire de donner une éducation éclairée, d’aider à la formation des consciences, à l’éducation de base.

Le cœur de l’homme, source de violence est aussi source de douceur.
C’est un cheminement en deux étapes (voir les paragraphes n°114 et 191 de l’encyclique) :
– Ralentir : « pédagogie du ralentissement ». Il est indispensable de ralentir la marche, de récupérer les valeurs détruites par une frénésie mégalomane.
En Afrique, on utilise beaucoup les images pour se faire comprendre : imaginons un coureur, il ne voit rien de ce qui l’entoure, le regard fixé devant lui, avec le but à atteindre au plus vite.
Quand on ralentit, on a le temps d’observer.
Dans un monde où tout est soumis à la rentabilité, la compétitivité, la lenteur est coupable d’incompétence. Il existe une perte du sens de la limite. Pour avoir toujours plus, on ne goûte pas le temps présent, la présence des autres.
– Renoncer, consentir, résister. Nous avons à changer de style de vie.
Choisir la vie comporte le rejet de toute violence (Jean-Paul II)
Choisir la vie comporte le respect de la « lenteur » biologique.
Cette douceur implique une retenue. Le Christ nous montre le chemin.
L’amour social nous porte à encourager une culture de protection et de promotion de la vie.
La douceur permet à chacun d’aimer la terre, de la faire fructifier.
Cela exige persévérance et détermination à agir.
Le Carême est un appel à s’arrêter, à aller à l’essentiel, à jeûner du superflu.

Les questions posées ensuite par l’assistance touchaient de nombreux sujets : la place de l’homme, sa responsabilité, la dignité, la terre en devenir, la transmission, la lenteur incompatible dans le monde du travail aujourd’hui, la relation à Dieu, à l’autre….

Chacun a vécu un très beau temps d’écoute, de partage, de réflexion qui sera renouvelé lors des prochaines conférences.

D’ores et déjà Merci à Sœur Aimée ainsi qu’à l’Equipe Eglise Verte qui a organisé ces conférences.

Deuxième conférence de Carême le samedi 6 avril 2019 : Ecologie et conversion à la lumière du sacrement de réconciliation

La foi du catholique est sollicitée dans un engagement pour la sauvegarde de notre maison commune.
Laudato si’ dans la structure du sacrement de réconciliation.
L’encyclique du pape François comporte 6 chapitres. Chacun rappelle les démarches du sacrement de réconciliation.

Première étape du sacrement de réconciliation :
« état des lieux » : s’arrêter, observer, voir :
+ nos agressions contre la nature : pollution, déchets, usage de l’eau, perte de la biodiversité, inégalité planétaire
+ culture du déchet : comment nous consommons, notre facilité à vouloir tout avoir, en quête du nouveau, en jetant ce qui ne l’est plus.

Deuxième étape : la confession, sous la lumière de l’Evangile de la Création et de la Parole de Dieu.
Le pape François a abordé plusieurs points :
§ 66 : le récit de la Genèse montre trois relations vitales : à Dieu, au prochain, à la terre.
Harmonie entre Dieu, l’homme et la création.
Le regard de la Création comme œuvre d’amour du Créateur. A chaque étape, Il s’arrête, il regarde et voit que cela est bon.
Chaque créature est le reflet de la tendresse du Père, même la plus éphémère.
Dieu a écrit un beau livre : la multitude présente dans l’univers.

La confession demande qu’on donne la place à la Parole de Dieu.

Troisième étape : l’examen de conscience : la responsabilité humaine est à deux niveaux : personnel et culturel.
L’homme reconnaît les zones d’ombre de sa vie.

Quatrième étape : l’écologie culturelle : dans la vie quotidienne, dans l’environnement, la vie économique et sociale, la justice entre les générations, le principe du bien commun.
Dans l’écologie culturelle, la transmission est un devoir, un signe d’amour pour la vie, la sagesse se transmet.
Il faut distinguer les biens communs : richesses à gérer pour les futures générations : eau, forêts…
Et le bien commun : quelque chose qu’on veut atteindre : sécurité, paix, bien-être.
Nécessité de l’autorité politique pour que tous convergent vers ce bien. Cela demande la responsabilité personnelle et un dessaisissement pour la sauvegarde de l’environnement.

Cinquième étape : dialogue entre pénitents et prêtres. Appel à un changement.
Le dialogue est un appel à l’unité de la famille humaine, à la solidarité. Avoir des gestes concrets, avec la ferme volonté de changer : qu’est-ce que je peux changer de précis en moi ?
Commençons à changer et le reste suivra.
Le pape donne quelques exemples : utilisation responsable du plastique, du papier…, gaspillage de l’eau, de la nourriture, partager un moyen de transport (§ 211 et 212 de l’encyclique qui encouragent un style de vie constructif et contemplatif sans obsession de consommation)

Sixième étape : lieu de la réparation.
Des associations s’organisent pour la sauvegarde de l’environnement. Quelque chose se transmet.
Le pape propose une éducation écologique des enfants qui touche les familles et la société.
La grâce du Christ peut nous aider, la grâce de la Miséricorde, un lieu de guérison spirituelle, humaine, naturelle.
Nous devons confesser les péchés contre la Création.
Une étape dans la conversion écologique, recherche de chemins de conversion en changeant de regard sur la Création.
La foi chrétienne nous donne des ressources : fraternité universelle §89 de l’encyclique.
Un chrétien voit l’œuvre d’un Dieu créateur, aimant.
Nous sommes tous créatures d’une même famille qui avons le même Dieu créateur.
La Nature attend qu’on s’occupe d’elle. Nous dépendons d’elle pour notre subsistance, notre travail… Cette reconnaissance nous invite au respect, unis par des liens invisibles, à être tendre et humble.
Nous sommes différents mais complémentaires.
Nous avons un modèle en Saint-François d’Assise que Jean-Paul II a donné comme patron céleste des écologistes. Il a vécu cette fraternité et l’a partagé.
L’être humain a une dimension corporelle et spirituelle. Il se sert de son corps pour agir.
En chemin vers la Miséricorde, recevoir le pardon de Dieu, c’est s’ouvrir à la grâce de la Miséricorde appelée à être transmise.
La sauvegarde de la Création est une œuvre de Miséricorde pour le pape François.
Elle nous donne force et courage pour s’arrêter, pour voir ce qui se passe, elle ouvre à l’Espérance à partir du moment où chacun apporte sa part.

Les questions qui ont suivi portaient sur de nombreux sujets : la consommation, les ressources, le péché originel, la puissance de l’homme, les actions des jeunes, l’éducation, la Toute-Puissance de Dieu, l’individualisme, la confession…avec un grand partage d’opinions et convictions échangées. Chacun a pu s’ouvrir et parler, être attentif et écouter, enregistrer et retenir….

Troisième conférence de Carême (samedi 13 Avril) : Écologie et Eucharistie : pour le salut de tous et pour la gloire de Dieu

Pour cette troisième et dernière conférence de Carême, Sœur Aimée nous a parlé du lien entre écologie et Eucharistie.
L’Eucharistie est le cœur et le sommet de notre foi.
Dans l’encyclique du pape François, au paragraphe 236, nous pouvons lire : « Dans l’Eucharistie, la création trouve sa plus grande élévation….la plénitude est déjà réalisée, c’est le centre vital de l’univers, le foyer débordant d’amour et de vie inépuisables. Uni au Fils incarné, présent dans l’Eucharistie, tout le cosmos rend grâce à Dieu. En effet, l’Eucharistie est en soi un acte d’amour cosmique. L’Eucharistie unit le ciel et la terre, elle embrasse et pénètre toute la création….L’Eucharistie est source de lumière et de motivation pour nos préoccupations concernant l’environnement, elle nous invite à être gardiens de toute la création.
Dans le mystère de l’incarnation, on voit l’abaissement de Dieu par amour.
Le Seigneur nous rejoint dans notre intimité par un acte d’amour.
L’amour de Dieu infuse toute son œuvre.
« L’eucharistie est toujours célébrée sur l’autel du monde » (extrait du paragraphe 236). L’autel est le réceptacle de la grâce, présence du Christ qui exprime l’Amour du Père.
Sans l’Eucharistie, l’incarnation n’aurait pas de sens.
L’Eucharistie unit le ciel et la terre.
Dans les premiers temps de l’Eglise, Eucharistie signifiait action de grâce qui incombe à l’être humain à cause de sa nature spécifique.
Tout le cosmos rend grâce à Dieu.
Dans la religion orthodoxe, l’être humain est le porte-parole de la Création devant le Créateur, dans la louange.
Dans la liturgie, nous voyons la présence de la nature avec la prière des rogations, les bénédictions des champs, des raisins….
L’Eucharistie est le lieu de la rencontre entre le visible et l’invisible.

Sœur Aimée nous a fait réfléchir sur la célébration eucharistique et ses différentes parties :
– Entrée : nous apportons nos soucis, nos joies. Nous devons être en mesure de présenter toute la création divine.
– Offertoire : l’hostie porte la création devant Dieu : pain et vin.
– Offrande et action de grâce, moment le plus intense : communion avec Dieu et communion avec la terre.
– Prières eucharistiques dans le missel romain, au nombre de 4.
Sœur Aimée nous a lu la prière n°3 avec sa dimension d’offrande, la Création proclame la louange.., puis la prière n°4 qui montre comment l’homme doit régner sur l’univers, qu’il est appelé à amener toute la Création vers le Salut.

– Préfaces : qui montrent le lien entre la Création, le ciel et la terre.
= du dimanche (n°5) : la mission de l’homme est d’admirer la Création et de rendre grâce.
= n° 4 : toute la Création a pour mission de rendre grâce, de glorifier Dieu.
Le ciel et la terre sont unis dans l’Eucharistie.
A travers l’Eucharistie, le lien avec l’engagement écologique est formé. Toute la Création est appelée à être sauvée.

L’encyclique nous montre le sens de notre responsabilité comme chrétien et comme catholique. Nous avons plusieurs raisons de nous engager : nous sommes créés à l’image de Dieu, le salut de l’homme dépend du salut de la nature et réciproquement.

Les questions qui ont suivi concernaient la Miséricorde, l’importance de la Création, la célébration eucharistique, la place de l’homme dans la Création, son rôle, le mystère du Salut de toute la Création, le comportement humain… Les échanges ont été fructueux, attentifs et pleins d’enseignement pour les uns et les autres.

Si ces comptes-rendus vous donnent envie d’aller plus loin sur le chemin, n’hésitez pas à vous procurer un exemplaire de l’encyclique « Loué sois-tu » et vous aurez de quoi nourrir votre cœur, votre esprit et votre volonté pour vivre en Eglise Verte.

Encore grand Merci à Sœur Aimée et à l’équipe Eglise Verte à l’origine de ce projet.

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